Text by Guillaume Heuguet, in french.
Hôtel, Motel, Holiday Inn. En 88 le premier morceau rap commercial posait simple et clair mon problème d'homme moderne : arrivé à Roissy, sélectionner l'adresse de ma nuit parmi celles que j'ai griffonnées au dos d'une vieille facture. Hôtel, Motel, Holiday Inn. Ce n'est pas seulement une question de budget, mais de style de vie. Avenue Wagram, la façade de Portzamparc joue l'allumeuse avec ses réverbérations solaires en lignes verticales plein feux : de l'or pur dans les vagues. Au-dessous les boutiques Bo Concept et Silvera sont comme des sous-titres. Silvera... Sirène du métal féminin. Jeux d'échos, rondes d'eau...
Un pied dans la porte tourniquet, et aussitôt l'impression d'avoir passé le mauvais vortex dans Sliders. Une entrée dans l'anti-système des objets, une rencontre avec un nouveau psychédélisme réfrigéré, dont il ne reste plus que les disjonctions, la confusion organisée. Là, tout de suite, un verre de whisky s'impose, moins pour briser la glace que pour baisser ma température intérieure, qu'elle coïncide avec le lieu. Peut-être que je trouverais dans le liquide l'évasion absente. Au troisième verre, cette évidence : passer la nuit seul c'est déjà s'évader de toute façon. Ce soir je n'irai pas danser ; l'ascenseur fluo suffit à me rappeller que ma place n'est pas en discothèque, ni dans un palace, mais dans cet entre-deux raisonnable où l'on peut renaître sans mourir de sueur. Entré dans la chambre, après un coup d'oeil aux coussins friandises, je lance la dernière compilation Renaissance - de la House music cent pour cent continentale, une terre promise de spiritualité hygiénique. Pour conjurer l'artificiel des voix divas, un regard au temps qui passe ; la mécanique d'une montre me restera toujours une énigme rassurante. Je finis par arrêter la musique pour coller une oreille au mur : pas un soupir. Rien ne se passe jamais dans le dix-septième, ce n'est écrit nulle part mais tout le monde le dit, ce même monde qui est absent ce soir. Il manque un écran de télévision et au moins cent cinquante chaines. De ce côté-ci la fenêtre est plate et toutes les promesses de la façade se sont tues, il ne me reste que le désir d'escalader jusqu'au balcon de la Penthouse, comme au cinéma. J'ai du mal à dormir, je suis persuadé qu'à tout moment on va me réveiller pour me demander un sésame que j'ignore, qui pourrait m'inventer un paradis de l'autre côté de ces portes, sans secrets sans histoires, de l'autre côté de ce couloir tout juste apte aux fantasmes minimums qui vous font habiter un lieu. Je finis par fermer les yeux. Même dans cet hôtel fantaisiste et prosaïque, il y aura un lendemain matin.

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